6th janvier 2008

Tirer les rois au Japon

Cette année-ci, nous avons tiré les rois à deux reprise en une semaine. C’est une coutume méconnue de la plupart des japonais, mais chose bizarre: on vend des galettes des rois dans les department store à Tôkyô! Alors quand on vend un produit mais qu’on ne sait pas comment cela s’utilise, cela cause inévitablement quelques bizarreries.

Galette japonaisePremière tentative. Je choisis la galette et la dame du magasin me dit:
« Pour éviter que les gens ne s’étranglent en mangeant le gâteau, la fève est distribuée séparément, et c’est à vous de la mettre dans la galette ». …
C’est moi qui ai failli m’étrangler en entendant cette excuse bidon! Et quand je lui demande comment on est sensé faire, elle me dit:
« Oh, il suffit de la glisser dans une des parts après avoir coupé la galette ».
Ah c’est malin! Heureusement, j’ai pu me débrouiller pour faire cela discrètement, et entre nous, la galette était délicieuse.

Vive le roi!Deuxième tentative, deux jours plus tard dans un autre magasin. D’abord, quand je commande la galette, la brave dame ne comprend pas ce que je veux. Bon, j’admets que j’ai dit « galette des rois kudasai » (=une galette des rois svp) au lieu de « garetto dé rowa kudasai » (ガレット・デ・ロワ下さい), mais bon, il faudrait quand même apprendre le nom de ce qu’on a dans l’étalage, ma p’tite dame. Ensuite, comme je me rappelle du coup de la fève fournie séparément deux jours plus tôt, et que je vois la fille qui m’emballe la galette sans rien dire, je lui demande:
« Est-ce qu’il y a une fève dans la galette? »
(question idiote, je sais, mais pas si idiote que cela au Japon). La pauvre fille me répond:
« Shôshô o machi kudasai » (=un instant svp)
et court chez sa supérieure demander ce que le gaijin au comptoir (moi) appelle une fève. Elle revient avec le sourire, et sort du comptoir quelques fèves et me dit:
« Vous avez droit à un jouet avec le gâteau, vous pouvez choisir parmis les jouets suivants ».
La pauvre n’a apparemment pas compris a quoi ça sert. C’est pas grave, pas le temps de lui expliquer, je regarde les fèves qu’elle me tend pour choisir et, stupeur, je réalise que j’ai le choix entre: (1) une andouille et (2) des piments (en porcelaine). Cool idée pour une fève. Tant qu’a faire, j’opte pour l’andouille, je paye et je m’en vais. Et c’est pas fini: à mon retour, je lis la notice (si-si au Japon, il y a une notice sur les galettes des rois) qui dit: « Pour éviter les étranglements (encore, c’est une fixation dis-donc), nous avons remplacé la fève par une amande ». Oh ho! Joli, les japonais! Comme ça, pas besoin de mettre la fève dans la galette, celui qui tombe sur l’amande est le roi et reçoit un super jouet comme récompense (une andouille dans ce cas-ci)!

On a bien ri en tout cas.

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29th décembre 2007

Veuillez vous reposer

Quand j’ai commencé à travailler dans cette compagnie au Japon, j’ai été supris lorsque toutes les lumières se sont éteintes a midi pile, pour se rallumer 1 heure plus tard, à la fin de la pause de midi. Mais ce n’est rien:

Voilà qu’à partir d’aujourd’hui, une petite cloche se met à sonner (ça me rappelle l’école), et une voix enregistrée annonce quelque chose comme ça: « en préparation au travail de l’après midi, veuillez bien vous reposer pendant la pause de midi; les lumières s’éteingnent automatiquement, merci de votre coopération et bon repos ». Non mais, y nous prennent vraiment pour des gamins… C’est fou! Outre cela, ce petit cinéma m’inquiète pour deux raisons.

La première: les japonais sont tellement workaholic (je ne connais pas l’équivalent en Français), qu’ils sont incapables de décider de prendre leur pause. C’est vrai, j’en connais plus d’un parmi mes collègues qui ne prendraient pas ou peu de pause s’il n’y étaient pas contraints (et encore, il est possible de travailler dans le noir…). C’est comme l’invention des « yûkyû shutoku suishin-bi » 有給取得推進日 = « jours de congés conseillés »: On propose gentiment aux gens de prendre congé ce jour-là, comme ça ils ne seront pas tout seuls à prendre congé (une hantise japonaise), et ils ne devront pas chercher d’excuse (et sinon, de toute façon, ils ne prendraient pas congé du tout).

La deuxième chose qui m’inquiète est que les gens deviennent de véritables petits automates, sans volonté ou capacité de jugement. On doit leur dire ce qu’il doivent faire, même pour les choses essentielles, comme se reposer. Mon épouse me racontait l’autre jour que dans l’éducation d’un enfant, il est important de ne pas toujours adopter le ton impératif: « fais ci, ne fais pas ça », car cela enlève à l’enfant sa liberté et l’empêche d’apprendre à discerner lui/elle-même ce qui est bon pour lui/elle. C’est frappant comme on peut se complaire dans un petit monde où il y a toujours quelqu’un pour nous dire ce que nous devons faire.

Evoluons, bon sang: laissez-nous prendre notre pause de midi quand on veut, comme des grands!

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31st octobre 2007

ScrumMaster training in Tokyo

I just attended an excellent training about SCRUM, the Certified ScrumMaster training in Tokyo. And this happens to be the first training given in Japan by the SCRUM Alliance.

The coach, Bas Vodde, told us what makes SCRUM special with respect to traditional development methods (aka waterfall), by explaining us the basic concepts underlying SCRUM. The concise SCRUM Primer, compiled by Pete Deemer and Gabrielle Benefield, is an excellent introduction.

But not only did Bas explain us how SCRUM is supposed to work, he also answered lot of practical questions such as: « how to address skeptical team or management? », « can SCRUM be applied in projects involving hardware development? », « how to handle regression testing? », etc.

Although the « rules » of SCRUM are very simple: self-managing team, potentially shippable product increment delivered in time-boxed iterations (SPRINT), customer-centric backlog driving development, inspect/adapt cycles with transparency, etc. … SCRUM seems very challenging to me if you want to implement it correctly. Because we (and our companies) are simply not used (yet) to think that way. We « like » to have managers telling people what they need to do (rather than encouraging self-management), and we always tend to go back to our old « waterfall » thinking which is really in the way to make SCRUM successful.

So what’s next? Talk about SCRUM and Agile methodologies. Get people know more about it. Start actually using SCRUM in some (pilot) project in our company. I’m really looking forward to see all this happen!

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6th octobre 2007

Neuf ans!

C’était le 5 octobre 1998.  Je m’en souviens comme si c’était hier.  Jeune diplomé de l’UCL, je prend l’avion pour… le Japon!

Arrivée à Narita, le matin.  Première impression du Japon?  Il faisait étouffant!!  C’était, je l’appris bien plus tard, les « zansho » (残暑, les chaleurs restantes) qui durent jusqu’au mois d’octobre.  J’avais quitté la Belgique avec un gros pull, et j’ai littéralement fondu en arrivant à Tôkyô…

Et puis ce trajet interminable (3 heures) en train, avec des correspondances à répétition, pour finalement arriver au Laboratoire Kosugi (toujours là apparemment) qui m’a accueilli pendant deux ans.

Ce fut le début d’une aventure qui devait durer, non pas deux ans, mais … qui sait?  Une vie?

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13th juillet 2007

Le service américain

Je croyais que les Japonais étaient les meilleurs au monde pour le service, et c’est vrai qu’ils se couperaient en quatre pour servir leurs clients. Mais les américains sont très forts aussi.

N’aimant pas trop les généralisations rapides, je ne vais pas dire que tous les américains offrent un service excellent, mais les exemples que j’ai pu observer autour de moi pendant ce petit business trip aux US sont quand même intéressants.

Par exemple, le magasin de chaussures: j’ai du me procurer des chaussures de chantier (renforcées, pour répondre aux normes de sécurité de notre usine aux US), constituées de matériau non-magnétique pour pouvoir être portées dans la salle d’IRM (imagerie par résonance magnétique, le scanner étant constitué d’un énorme aimant, on ne peut pas y entrer avec des chaussures contenant une coque métallique). Le magasin est vraiment « à deux pas » de la compagnie (donc relativement habitué à ce genre de requêtes), mais j’ai quand même été frappé par le professionalisme de mon vendeur: il me sort en 2 minutes une dizaine de paires de chaussures répondant à mes critères, et me laisse choisir sans me coller. Ensuite, il mesure mes pieds en largeur, en longueur et dans tous les sens avec un outil spécial, et il arrive avec la paire qu’il me faut (pas besoin de 50 essayages, car il a vraiment l’oeil). Mais sourtout, le service se joue dans le détail, comme m’appeler par mon prénom après avoir aperçu mon nom sur ma carte de crédit. On sent que le gars considère chaque client comme unique et fait tout pour qu’il soit satisfait.

Autre exemple, dans la restauration. C’est aussi un détail, mais j’ai remarqué un établissement ou la serveuse se rappelait exactement du choix de chacun: boisson, entrée, cuisson de la viande, sauce de la salade, accompagnement… pour onze personnes. Normal, me direz-vous, mais je dois dire que j’ai souvent vu (en Europe) des serveurs qui amènent l’ensemble des commandes de tous les clients et les « font passer » en demandant: « la Leffe blonde? », « la salade niçoise?? », « le boeuf bourguignon??? ». Bien sur, ça marche aussi, mais je trouve ça plus élégant d’apporter la commande de chaque client à la personne qui a commandé. A nouveau, c’est donner le sentiment au client qu’ « il existe », qu’ « il compte ».

Le service américain est assez différent du service japonais en ce sens: Les japonais ne vont pas essayer de « jouer copain » avec le client; ils vont le mettre sur un pédestal et le servir sans rechigner. Les américains, par contre, vont essayer de sympathiser avec le client, de l’appeler par son prénom, pour entretenir une « relation d’amitié ».

Mais au Japon, il n’est pas rare de voir un vendeur débarquer chez le client pour l’aider à résoudre un problème. Je pense par exemple à une histoire qui nous est arrivée, peu après l’achat d’une nouvelle voiture. Un soir, un voisin nous averti qu’il a entendu des miaulements venant du capot de notre voiture. C’était un chaton qui s’y était faufilé et n’arrivait plus à sortir. Malheureusement, lorsque nous avons tenté de le dégager, le petit terrorisé s’est tapi dans un recoin. Impossible de l’attrapper. Mon épouse téléphone alors chez notre dealer, et voilà que ce dernier se propose de venir chez nous à l’instant pour nous aider. Juste parce qu’il nous avait vendu une voiture deux semaines avant! Je suis persuadé qu’en Europe, on m’aurait dit: « vous avez acheté la voiture, elle est à vous maintenant, débrouillez-vous! ».

Tout cela nous montre qu’il y a mille façons de fournir un service de qualité au client. Et cela se joue dans le détail et sur le long terme. Mais je suis sur que c’est payant.

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5th juillet 2007

Pourquoi l’iPhone aura du mal à percer au Japon

Je viens de lire un article intéressant sur le sujet.

La thèse de l’auteur est la suivante: la vrai raison pour laquelle l’iPhone ne percera que difficilement sur le marché japonais n’est pas tellement que le système de téléphonie japonais est différent du système américain ou européen (le GSM).  Le problème n’est pas non plus lié au marché.  Il est vrai que les « smart phones », càd les téléphones qui font tourner un OS style Windows Mobile et de réelles applications, sont assez rares au Japon.  Un monde de différence avec le boom récent des BlackBerry aux Etats-Unis.

Mais selon l’auteur, le vrai problème est autre.

Car ce qui est particulier avec l’iPhone, c’est que c’est le fabriquant, Apple, qui prend complètement en charge l’image et du marketing du téléphone.  Et ça, c’est une différence fondamentale avec le mode japonais.  Au Japon, les téléphones portables se font complètement approprier par les différentes compagnies de télécom (Docomo, Softbank, Au…).  De plus, les téléphones sont complètement customisés pour ne fonctionner qu’avec un opérateur particulier: même en déverrouillant la carte SIM d’un téléphone japonais, il est fort improbable qu’il fonctionnera avec un autre opérateur.  Les fonctions de l’iPhone, par contre (mis à part la fonction téléphone), ne sont pas liées à AT&T et il est d’ailleurs probable que l’iPhone fonctionne avec d’autres opérateurs dans le futur.  Le concept de l’iPhone est d’ailleurs fort différent d’un simple téléphone: il se veut être une véritable platforme multimédia.

Voilà la véritable raison pour laquelle il faudra un certain temps pour que l’iPhone se vende au Japon.  Cela demandera d’abord un changement de mentalité.

Mais au Japon, comme dans toute économie de marché, c’est finalement la demande qui mène la danse.  Donc si les Japonais veulent l’iPhone, ils l’auront, serait-ce au prix d’une révolution du marché des opérateurs télécom.

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11th juin 2007

Gaishi –compagnie étrangère au Japon

Vous souhaitez faire du business au Japon et êtes à la recherche de conseils pour vous guider?

Gaishi est peut-être l’ouvrage que vous cherchez. Je dois d’abord reconnaitre que ce bouquin n’est plus tout jeune: il a été publié en 1992 (oups). Mais les info qu’il contient n’en restent pas moins intéressante et beaucoup d’éléments sont encore très vrais aujourd’hui.

L’auteur, T.W. Kang, est Coréen et a grandi au Japon. Il est ensuite allé parfaire son éducation aux Etats-Unis, puis a travaillé une dizaine d’années pour Intel, et est maintenant consultant en management. Kang aborde dans son livre différents aspects fondamentaux pour lancer un business au Japon:

  • L’aspect marketing: les clients japonais sont-ils équitables; au premier abord, on dirait non, car les japonais ont souvent une préférence marquées pour les produits fabriqués au Japon. Mais la raison est leur besoin d’être rassurés (=anshinkan 安心感), de savoir ou et comment les produits sont fabriqués, pour s’assurer qu’ils correspondent à leurs attentes en terme de QCSD (Quality/Cost/Service/Delivery). Les facteurs QCSD sont fondamentaux au Japon, peut-être davantage qu’ailleurs, car les Japonais sont exigeants.
  • L’environnement économique et social Japonais: la société japonaise est une « fausse économie libre » (ou les concurrents se partagent le marché « à l’amiable »), et les « couplages » entre l’Etat, les entreprises et le monde académique sont omniprésents.
  • L’aspect resources humaines: l’importance de comprendre comment fonctionne le système RH japonais (ou l’ancienneté joue un role important dans la rémunération, plutot que les performances); la notion d’employeur unique (nombreux sont les japonais qui travaillent pour le même employeur pendant toute leur vie); la formation aussi fort différente de chez nous: il s’agit plutot d’une initiation, d’un long apprentissage avec peu de récompenses.
  • L’aspect globalisation et les partenariats: pourquoi réussir à s’imposer sur le marché japonais est vital pour devenir une entreprise vraiment globale, et même pour rester compétitif chez soi; et comment arriver à devenir un « semi-insider », càd une entreprise étrangère qui a vraiment trouvé sa place au Japon.

La lecture de « Gaishi » (soit dit en passant, gaishi 外資 signifie « compagnie étrangère ») m’a bien plu (c’est un bouquin qui se lit très facilement) et m’a permis de synthétiser un ensemble de faits que j’ai pu observer autour de moi, mais sans avoir une vue d’ensemble.

Une conclusion personnelle que je tire de ce livre: le marché japonais est incontournable, mais gare à celui qui essaye d’y faire irruption mal préparé!

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5th juin 2007

Quitte ton pays, ta famille

Est-ce que s’expatrier, vivre loin de son pays d’origine nous change?

Bête question: « bien évidemment », me direz-vous. Je sais, les voyages forment la jeunesse, et les expériences que nous faisons (pas nécessairement à l’étranger, d’ailleurs), nous influencent et nous font grandir. Mais la question que je me pose est: « est-ce que mon moi profond, mon caractère sont altérés par mon immersion dans une autre culture? »

J’ai entendu dire que ce que nous sommes, nos valeurs profondes, se forment très tôt, en fait avant l’âge de trois ans!  C’est sans doute vrai, mais il est indéniable que de vivre pendant un certain temps (je dirais plus d’un an ou deux) dans un autre pays, une autre culture, nous façonne et nous transforme petit à petit.

Je lisais l’histoire d’un Coréen ayant grandit au Japon, et ayant donc reçu toute son éducation au Japon, qui est ensuite allé étudier, puis travailler aux Etats-Unis.  Il témoigne de cette expérience comme l’ayant pour ainsi dire forcé à changer.  Lui qui avait appris au Japon à surtout « ne pas sortir du lot » (car le Japon privilégie l’harmonie sociale plutôt que l’individualisme), il a compris que s’il ne faisait pas entendre sa voix, s’il ne se mettait pas en avant, il n’arriverait à rien aux Etats-Unis.   Et il raconte aussi comment son retour au Japon fut difficile, à cause de son adaptation au mode américain.

En ce qui me concerne, j’ai l’impression de vivre l’expérience inverse: depuis mon expatriation au Japon, j’ai appris à ne pas toujours « monter sur mes grands chevaux », à faire preuve de plus de réserve et de réflexion.  Heureusement, j’aime encore toujours affirmer ce que je pense, prendre la parole en public, mais je me suis laissé influencer par cette culture où l’harmonie (le « wa » 和) a une importance prépondérante.

Eprouverai-je à mon tour un « décalage » lors d’un éventuel retour en Belgique?

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