29th December 2007

Veuillez vous reposer

Quand j’ai commencé à travailler dans cette compagnie au Japon, j’ai été supris lorsque toutes les lumières se sont éteintes a midi pile, pour se rallumer 1 heure plus tard, à la fin de la pause de midi. Mais ce n’est rien:

Voilà qu’à partir d’aujourd’hui, une petite cloche se met à sonner (ça me rappelle l’école), et une voix enregistrée annonce quelque chose comme ça: “en préparation au travail de l’après midi, veuillez bien vous reposer pendant la pause de midi; les lumières s’éteingnent automatiquement, merci de votre coopération et bon repos”. Non mais, y nous prennent vraiment pour des gamins… C’est fou! Outre cela, ce petit cinéma m’inquiète pour deux raisons.

La première: les japonais sont tellement workaholic (je ne connais pas l’équivalent en Français), qu’ils sont incapables de décider de prendre leur pause. C’est vrai, j’en connais plus d’un parmi mes collègues qui ne prendraient pas ou peu de pause s’il n’y étaient pas contraints (et encore, il est possible de travailler dans le noir…). C’est comme l’invention des “yûkyû shutoku suishin-bi” 有給取得推進日 = “jours de congés conseillés”: On propose gentiment aux gens de prendre congé ce jour-là, comme ça ils ne seront pas tout seuls à prendre congé (une hantise japonaise), et ils ne devront pas chercher d’excuse (et sinon, de toute façon, ils ne prendraient pas congé du tout).

La deuxième chose qui m’inquiète est que les gens deviennent de véritables petits automates, sans volonté ou capacité de jugement. On doit leur dire ce qu’il doivent faire, même pour les choses essentielles, comme se reposer. Mon épouse me racontait l’autre jour que dans l’éducation d’un enfant, il est important de ne pas toujours adopter le ton impératif: “fais ci, ne fais pas ça”, car cela enlève à l’enfant sa liberté et l’empêche d’apprendre à discerner lui/elle-même ce qui est bon pour lui/elle. C’est frappant comme on peut se complaire dans un petit monde où il y a toujours quelqu’un pour nous dire ce que nous devons faire.

Evoluons, bon sang: laissez-nous prendre notre pause de midi quand on veut, comme des grands!

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7th September 2007

Latin ou Germain?

En Belgique, nous avons cette richesse de partager une double culture (pour combien de temps encore?). Ces derniers temps, nous discutions avec des amis des différences entre Flamands (les “germains”) et Wallons (les “latins”), et ils tentaient de faire comprendre à mon épouse les traits caractéristiques de chaque culture.

Un certain conformisme, une rigueur au Nord, une ouverture, une désinvolture au Sud. Chaque culture a ses bons et ses moins bons côtés. Bien sur, les stéréotypes sont toujours dangereux (car faux), mais ils aident à mieux comprendre certaines choses.

Or ce qui est amusant, c’est qu’en discutant de ces différences avec mon épouse, elle (qui est Japonaise) se sentait plus proche de la culture germanique que de la culture latine (elle disait même que c’est peut-être cette similarité des cultures qui fait que les Japonais s’entendent plutôt bien avec les Allemands).

Mais c’est vrai. Par exemple, lorsque nous partons en voyage, mon épouse prépare et planifie jusque dans les moindres détails. Alors que, moi, j’ai souvent tendance à “partir et puis nous verrons bien”. Cette insouciance a ses bons côtés, surtout lorsque l’on est jeune et sans famille. Mais depuis la naissance de ma fille, je me suis rendu compte que ce n’est pas toujours la meilleure option.

Et en lisant le livre dont je vous parlais dans un post précédant: “dandori no gijutsu” (段取りの技術, “l’art de s’organiser”), dans lequel l’auteur insiste vraiment sur l’importance de préparer tout ce que l’on fait dans le détail, de prendre des notes, etc je me suis dit que parfois, j’aurais intérêt à passer plus de temps à la préparation.

Finalement, je crois que c’est comme dans tout: il faut un certain équilibre. Un peu d’improvisation sans laquelle la créativité serait inexistante, et un peu de planification pour éviter que tout foire.

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5th June 2007

Quitte ton pays, ta famille

Est-ce que s’expatrier, vivre loin de son pays d’origine nous change?

Bête question: “bien évidemment”, me direz-vous. Je sais, les voyages forment la jeunesse, et les expériences que nous faisons (pas nécessairement à l’étranger, d’ailleurs), nous influencent et nous font grandir. Mais la question que je me pose est: “est-ce que mon moi profond, mon caractère sont altérés par mon immersion dans une autre culture?”

J’ai entendu dire que ce que nous sommes, nos valeurs profondes, se forment très tôt, en fait avant l’âge de trois ans!  C’est sans doute vrai, mais il est indéniable que de vivre pendant un certain temps (je dirais plus d’un an ou deux) dans un autre pays, une autre culture, nous façonne et nous transforme petit à petit.

Je lisais l’histoire d’un Coréen ayant grandit au Japon, et ayant donc reçu toute son éducation au Japon, qui est ensuite allé étudier, puis travailler aux Etats-Unis.  Il témoigne de cette expérience comme l’ayant pour ainsi dire forcé à changer.  Lui qui avait appris au Japon à surtout “ne pas sortir du lot” (car le Japon privilégie l’harmonie sociale plutôt que l’individualisme), il a compris que s’il ne faisait pas entendre sa voix, s’il ne se mettait pas en avant, il n’arriverait à rien aux Etats-Unis.   Et il raconte aussi comment son retour au Japon fut difficile, à cause de son adaptation au mode américain.

En ce qui me concerne, j’ai l’impression de vivre l’expérience inverse: depuis mon expatriation au Japon, j’ai appris à ne pas toujours “monter sur mes grands chevaux”, à faire preuve de plus de réserve et de réflexion.  Heureusement, j’aime encore toujours affirmer ce que je pense, prendre la parole en public, mais je me suis laissé influencer par cette culture où l’harmonie (le “wa” 和) a une importance prépondérante.

Eprouverai-je à mon tour un “décalage” lors d’un éventuel retour en Belgique?

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26th May 2007

Apprendre à se connaitre

Connaissez-vous le MBTI? Le “Myers-Briggs Type Indicator” est un indicateur de personnalité inspiré par les recherches de Jung, qui permet de classifier chacun parmi 16 types psychologiques différents.

Je ne vous parle pas des petits questionnaires servant à remplir les pages des magazines féminins, pour “trouver l’homme idéal” (quoique connaitre son type peut servir à cela aussi). Jung nous apprend que l’on peut classifier chaque caractère psychologique selon plusieurs axes ou dimensions, et que chaque personne exhibe une préférence pour l’une ou l’autre extrémité de chaque axe. Cela ne veut pas dire qu’une personne fonctionne toujours de la même façon, mais plutôt une aisance, un penchant. Un peut comme on est gaucher ou droitier: ce n’est pas parce que je suis droitier que je ne peux pas écrire de la main gauche, en fait on peut même s’entrainer à utiliser indifféremment les deux mains, mais il y a toujours en nous cette “main préférée”…

Le MBTI comporte quatre dimensions:

  1. l’orientation de l’ènergie: on peut être “extraverti” (E) ou “intraverti” (I). Attention de ne pas prendre ces mots littéralement; il s’agit ici de savoir comment je me resource: en me tournant vers les autres, ou en me retrouvant avec moi-même.
  2. les fonctions de perception: on peut faire usage de “sensation” (S) ou d'”intuition” (I). Est-ce que je vois le monde extérieur comme il est, dans tous ses détails, ou bien vois-je “plus loin”, ce qui n’est pas visible directement, le futur, etc.
  3. les fonctions de jugement: on peut utiliser la “pensée” (T) ou le “sentiment” (F). Il s’agit ici de voir comment je résous un problème: étape par étape, selon des règles bien strictes, ou plutôt au “feeling”, en faisant intervenir des facteurs irrationnels, humains, etc.
  4. le style de vie: on peut privilégier le “jugement” (J) ou la “perception” (P). Suis-je proactif et organisé, ou réactif et adaptable?

J’ai découvert, ou plutôt RE-découvert le MBTI lors d’un training GE sur le leadership, et c’est là que je me suis rappelé avoir reçu un livre de ma mère qui l’explique en détail: “Deviens qui tu es: guide pratique” de P. Cauvin et G. Cailloux.  Je me rappelle l’avoir entamé et fait le test, pour découvrir mon type: ESNJ.  Mais je ne suis pas allé plus loin.  Grave erreur 😉

En fait, le plus important n’est pas de découvrir son type, mais surtout ce que l’on en fait.  Connaitre son type:

  • permet de connaitre ses forces et ses faiblesses; on peut ainsi voir les situations qui nous “vont bien” et celles qui nous sont plus difficiles
  • permet de deviner (dans une certaine mesure) comment les autres nous voient, et ainsi anticiper les problèmes relationnels auquels il faudra faire face
  • voir comment évoluer, ou en d’autre mots, devenir “ambidextre”, en exerçant notre “main faible”

C’est en tout cas un outil très riche, le tout est de l’exploiter à bon escient, et surtout pas se sentier “enfermé” dans son type psychologique.  C’est une “opportunity for growth“, comme on dit chez GE!

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